1939-12-07 Lettre à sa famille
7 Décembre 1934
Mes chéries
Mon séjour au régiment continue à se passer très bien ; et si je n'avais le regret de vous savoir aussi loin de moi ainsi que maman et le poussin, je serais vraiment très heureux.
Je crains aussi d'avoir laissé beaucoup de travail à mon oncle René.
Je constate une fois de plus qu'il faut vivre très simplement.
Et que le secret pour être heureux est de ne pas avoir d'envies qu'on ne réalise que pour en avoir une autre, genre tante Made (courir toujours après autre chose).
Je m'aperçois que non seulement je suis très content avec mon petit poêl à charbon, mais :
Tous les jours, je goûte l'ordinaire des hommes ; et je suis très tenté de m'y faire nourrir ; il est d'ailleurs excellent
Seulement je dîne avec le commandant de toute la DAT de Lille ; et je ne puis pas changer. Il est d'ailleurs fort aimable.
C'est moi qui donne le mot d'ordre tous les soirs sur un papier aux sentinelles, et hier, en allant faire mon tour vers 9h 1/2, je l'avais oublié, aussi j'ai eu du mal à me faire reconnaître. Heureusement elle n'a des cartouches que dans le baraquement.
Et ce soir je me promenais pour aller faire, au Croisé Laroche, mes provisions ; il faisait très noir :
Tout d'un coup, j'entends un écroulement métallique à la pointe de mes orteils : j'allume ma lampe électrique et c'était un soldat anglais qui me présentait les armes.
Je compte organiser pour ma section un dîner avec arbre de Noël. J'ai toujours un travail fou ; car pour mes 40 hommes je m'occupe de tout : logement, nourriture, en plus de toutes les gardes, consignes de tir, etc, etc
P.S. Je n'ai pas mis les pieds à Lille depuis Dimanche.
Embrassez bien fort maman et mon poussin
Bien des baisers pour vous
Claude